Les vaches sacrées en Inde, grand pays en mouvement... et un lien direct avec la mauvaise santé actuelle des populations de leurs vautours

Les vaches sacrées en Inde, grand pays en mouvement... et un lien direct avec la mauvaise santé actuelle des populations de leurs vautours

Des hôpitaux pour les vaches sacrées !

Déjà, pour comprendre de France comment on a bien pu "empoisonner" les vautours indiens avec une molécule qui fait du bien aux vaches... il faut déjà comprendre le degré, le volume et le registre des soins portés à ces vaches aimées comme des dieux vivants... Jusqu’à leur mort.

Des litres de diclofénac ont été utilisés depuis les années 1995... et ce jusqu’à peu. Et désormais, d’autres molécules sont utilisées, espérons moins toxiques... mais les vautours ont déserté...

Leur retour serait bénéfique pour tous... pour l’instant rien de moins sûr.

Vous pouvez lire pour en comprendre plus de ces enjeux une page de notre site dédiée et un état des lieux récent :

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Les vautours sous haute surveillance en Inde - Myriem Lahidely- SV 2013
Myriem Lahidely Vautours Indiens Semaine Vétérinaire mars 2013

On est loin de nos rivages européens, de nos modes de pensée. Il suffit seulement de prendre le chemin, d’être curieux, lever les yeux, ouvrir les oreilles, le cœur... et le décollage est immédiat.


... Nord de l’Inde, Rajasthan, près du désert du Thar, que ce soit à Jodhpur, Mandaur où Myriem Lahidely a fait cet hiver 2013 un reportage dans la Semaine Vétérinaire en direction des vétérinaires français, ou que ce soit, un peu plus au Nord, à Nagaur, ville soufie proche du désert. Il y en a partout de ces hôpitaux pour soigner et soulager ces bovidés aimés et choyés jusqu’à leur mort naturelle...

"Incredible India !"

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Impressionnant pour nous de voir autant d’argent, de matériel, de bienveillance et de technicité, d’attentions mis au service de leurs vaches, veaux, taureaux en fin de vie...
Pour des vaches et taureaux qui coûtent aux hommes bien plus qu’ils ne leur rapportent de l’argent.
À moins qu’ils ne leur amènent ces bovidés, ces dieux vivants, une sérénité, une tranquillité, un bien-être et une force ensemble qu’on semble nous ici bien avoir oubliés. Le matin avant d’aller au travail on va offrir en famille une offrande de chapatis (crêpe qui est la nourriture de base indienne, leur pain quotidien, cuite tous les matins) aux vaches, aux singes, aux paons, pigeons, aux chiens des rues. C’est la "puja" (rituel) du soir et du matin. Très apaisant.

Et pourtant, ce sont les mêmes vaches, les mêmes chiens ou presque, les mêmes animaux, les mêmes vautours ou presque... En aurions-nous oublié ou perdu la bonté ?

Non, nous ne sommes pas en Europe.

Et... seraient-ils fous ces indiens ?

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À Mandaur, voici le reportage de M. Lahidely :

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Reportage de Myriem Lahidely sur l’Hôpital des Vaches Sacrées de Jodphur - avril 2013 - Semaine Vétérinaire
DES VACHES AUX PETITS SOINS DANS LE DÉSERT INDIEN

En Inde, les hôpitaux d’État et privés dévoués à la protection de la vache sont nombreux. Dans celui de Mandaur, dans le désert du Thar, à l’est de Jodhpur (Rajasthan), séjournent en permanence près de 3 000 bêtes. Les bovins y sont soignés pour toutes sortes de maladies par une équipe médicale à effectifs et moyens réduits, avec un dévouement qui touche au sacerdoce.

En Inde, la vache sacrée n’est pas une vue de l’esprit. Elle est la gau mata, la mère vache, qui conserve une place particulière dans le panthéon hindou. Un objet de dévotion, au temple, dans la rue où elle cohabite avec l’homme et ses véhicules, et dans les hôpitaux qui lui sont consacrés. « 190 structures soignant des animaux, des bovidés en particulier, sont enregistrées par le gouvernement du Rajasthan », indique le vétérinaire Mahendra Singh Rathore. Le Pannalal Gaushala de Mandaur, où il exerce, soigne des générations de vaches depuis 137 ans. Il se veut le seul établissement privé du district de Jodhpur à traiter les maladies en tous genres, ainsi que les accidents.
Aménagées sur 20 ha, 72 étables construites en brique, dotées d’enclos, accueillent vaches, génisses, taureaux, buffles, zébus, etc., triés selon leur sexe, leur âge (adulte, veau) et leur maladie. Il y a également trois enclos postopératoires (certains à l’abri des oiseaux et des insectes), des boxes d’isolement pour les mâles agressifs, des stalles pour l’élevage, etc. Parmi plus de 2 000 résidentes, beaucoup de bêtes handicapées ou anémiées (1/5e des pensionnaires), des centaines d’aveugles, des seniors et des vaches qui ne produisent plus de lait, etc. « La malnutrition est un problème fréquent dans cette région semi-désertique qui n’a vu, en dix ans, que deux vraies saisons des pluies », explique Anand Singh Kachwaha, l’un des deux superviseurs de l’hôpital.

Les césariennes, une routine
Parmi les vaches soignées l’an dernier à Mandaur, 58 y ont séjourné pour une hernie, 200 pour un prolapsus utérin, 100 pour une ingestion de pierres ou de sacs en plastique nécessitant une ruminotomie « C’est assez courant, cela provoque de gros problèmes de digestion et des déficiences minérales et vitaminiques, des infections et des gaz qui, en s’accumulant, peuvent entraîner un collapsus », indique le vétérinaire. Les césariennes sont réalisées en routine (près de 200 l’an dernier). « Beaucoup de vaches arrivent ici avec des fractures multiples, notamment de la filière pelvienne, provoquées par un accident de la route. Cela favorise des dystocies qui rendent la parturition difficile et nous oblige à opérer quand nous n’arrivons pas à modifier manuellement la position du veau. » Sans compter les perfusions parentérales, les traitements antibiotiques et anti-inflammatoires, les interventions chirurgicales quotidiennes dans une salle dédiée mais néanmoins sommaire, les plâtres, les soins pour des tumeurs de l’œil ou de la corne (16 en cours de traitement, 95 l’an dernier), etc. « Dès que le cancer a creusé la corne, c’est trop tard, on coupe. Quand la base est touchée, on la referme en employant une technique reconstructrice de la peau, mais généralement, la vache meurt dans les trois mois », précise le Dr Rathore.

250 animaux par jour
Dépourvu de laboratoire, l’établissement envoie ses analyses à 15 km, à l’hôpital vétérinaire d’État de Jodhpur qui héberge un laboratoire régional de diagnostic.

Mais malgré son effectif restreint – un vétérinaire présent le matin et joignable 24 heures sur 24, cinq auxiliaires présents dix heures par jour, trois assistants chargés de l’intendance qui aident aussi lorsqu’il faut contenir les animaux et trois inspecteurs – l’hôpital de Mandaur traite gratuitement jusqu’à 250 animaux par jour.

Ces derniers, abandonnés ou non, sont récupérés sur simple appel dans l’une des trois ambulances de l’hôpital, dans un rayon de 100 km, ou amenés directement par leur propriétaire ou des particuliers qui les ont trouvés errants, en mauvais état. « Les propriétaires de vaches stériles ou qui ne donnent pas de lait préfèrent les abandonner dans la rue plutôt que de les envoyer à l’abattoir », souligne Usha Yadav, une jeune auxiliaire vétérinaire.

Des dons en tout genre
Toutes les vaches sont soignées jusqu’à la guérison ou accompagnées « jusqu’à ce qu’une divinité les rappelle », précise le vétérinaire. L’hôpital assume sa mission uniquement grâce aux dons. Des apports de toutes sortes – nourriture, argent, fournitures, aide – lui sont assurés par les fidèles du temple, par les commerçants et les hommes d’affaires de Jodhpur ou des grandes villes comme Bombay, Delhi, Ahmedabad ou Surat (Gujarat), par les villageois et les citoyens locaux, etc.
Tout – y compris les intérêts des dons financiers placés dans des banques privées ou publiques – est réinvesti dans l’hôpital (achat de médicaments et de produits de soins, compléments alimentaires en granulés, tonnes de carottes, de chou et autres végétaux utiles, frais de fonctionnement, salaires, etc.).

« De tout temps, même pendant les pires famines du siècle, nos résidentes ont toujours eu, chaque jour, au moins de l’eau et de la nourriture », résume Ram Prakash Joshi, le comptable de la structure. Un minimum dans ce pays où la vénération des vaches, même vagabondes, est une tradition vivace. Chaque geste en leur faveur compte comme un acte de piété. *M. Lahidely*

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SV reportage Myriem Lahidely avril 2013 P1
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SV reportage Myriem Lahidely avril 2013 P2
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SV reportage Myriem Lahidely avril 2013 P3
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SV reportage Myriem Lahidely avril 2013 P4

À Nagaur, plus de 100 km au nord, l’Hôpital pour les vaches sacrées et quelques autres animaux sauvages en souffrance est un lieu flambant neuf, immense, impressionnant tout autant : temple à l’intérieur, prêtre et une fourmilière de gens qui vont, qui viennent, prient, font des offrandes et y travaillent.

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Près de 1500 vaches et veaux sont hospitalisés à la fois dans ces magnifiques locaux tout neufs... plus de 4 immenses hangars très propres et d’autres en construction, où 25 à 40 vétérinaires y travaillent selon la saison et 150 autres personnes au quotidien avec 15 ambulances pour aller chercher les vaches en difficulté sur les 250 km alentour... Et une super cuisine pour veaux et vaches, des légumes et des préparations qui donnent faim rien qu’à les voir... rien à voir avec nos granulés pour bétail !

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Il y a même quelques animaux sauvages en cage... des grues demoiselles, des gazelles, des outardes, des paons, sans ailes, sans patte.

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Le tout, a semble-t-il été fondé par un mécène indien avec beaucoup d’argent et ils n’utilisent désormais que du méloxicam comme anti-inflammatoire (avec aussi, comme chez nous, un grand nombre de médicaments type perfusions, antibiotiques, stéroïdes, fortifiants etc...)

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Le diclofenac et l’acéclofenac sont semble-t-il bannis depuis le problème de mortalités induites aux grands vautours en Inde, Népal, Bengladesh. Car, sans le savoir, les vaches profitant de l’avancée de la médecine et d’anti-douleur... ont empoisonné par insuffisance rénale aigüe les 3 espèces des 4 grands vautours présents depuis la nuit des temps en Inde.

Par contre, en février 2013, il y a toujours très peu de vautours autour de ces bovidés en fin de vie... Ces recycleurs gratuits ont bien disparu...

Et en discutant, j’ai compris qu’ils enfouissaient désormais leurs... nombreux cadavres, obligés... Dans d’autres sites, des décharges en plein air existent, intéressant milans noirs, aigles des steppes, vautours percnoptères, vautours moines et fauves, hivernant... les espèces éteintes ne sont pas encore au rendez-vous et surtout à l’efficacité recycleuse.

Vu cette faiblesse en grands vautours autour, l’enfouissement aujourd’hui semble être le moyen le plus sûr pour éviter la pullulation des chiens sauvages qui pose aussi des problèmes aux humains (morsures avec rage mortelle toujours possible). Cf l’article de F Moutou à ce sujet.

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Article Dr Vet F Moutou Anses BSE n° 57- juin 2013 Rage Inde Monde

Mais c’est aujourd’hui dommage et dommageable pour penser un jour renouer avec les grands recycleurs gratuits et efficaces, une fois le bannissement du diclofénac, des toxiques en question mis en cause (mais là aussi, les causes semblent multifactorielles, d’autres causes interagissent, cf articles et communications de G Joncour).

Il faut réfléchir comment pouvoir appuyer des actions pratiques en direction des vautours indiens sans craindre des pullulations de chiens incontrôlables.


Impressionnant cependant tout ce qu’ils font pour "sauver et aider les vaches souffrantes qui sont, pour eux, la mère de la vie humaine et de l’humanité." Que nous en sommes loin !

Avec leurs grands yeux si doux... et leurs oreilles tombantes qui font peur aux abeilles, qu’ils sont beaux ces bovidés... plus encore quand ils leurs colorent les cornes et les décorent pour des dévotions et processions particulières.

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Un site internet sur cet Hôpital à Nagaur en hindi et russe...
avec d’autres photos, appels à dons etc... pour en savoir plus.


À suivre dans cet épisode à étapes, des écrits et publications de Guy Joncour, vétérinaire et naturaliste breton très engagé aussi et depuis longtemps autour de ces enjeux, qui justement travaille sur l’incidence complexe de différents facteurs sur la santé des vautours et des écosystèmes dont ils ont la charge de nettoyer, de tenir propres... à commencer par les xénobiotiques, "produits qui ne sont vivants", des pesticides, médicaments et tout autre produit non vivant type perturbateur endocrinien, en petite ou grande dose, qui, administrés, cumulés, multipliés, associés, aux animaux comme aux humains, rejoignent la nature et les animaux sauvages, vautours ici ou là-bas, poissons, ou l’eau qu’on boit, la terre dont on se nourrit...

La modernité est partout, globale et c’est à nous tous de devenir sensé, sensible, bienveillant avec tout ce qui fait nos vies riches et belles, responsables et sages.

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Poster Dr Vet G Joncour congrès OIE 2010 en anglais
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Intoxications Vautours par des xénobiotiques (médicaments vétérinaires et phytosanitaires) impact sur la Faune Sauvage Joncour SNGTV 2010